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Monday, October 3, 2011

"Vous deux, pourquoi ne commenceriez-vous pas à travailler bientôt ?"

Telle fut la question de Tentei (天帝), le Dieu du ciel, répétant sans cesse cette phrase depuis de longues semaines. Plus précisément, depuis la naissance d’un amour partagé entre Orihime (étoile de Vega), une déesse tisserande, et Hikoboshi (étoile d’Altaïr), un bouvier mortel.

« Oui, nous le ferons demain. »

Leur réponse engendra la colère du Dieu du ciel et fit naître une légende qui accompagne encore aujourd’hui la vie japonaise commémorée chaque année depuis des siècles. D’où provient cette légende qui a prospéré depuis moult générations ? Quelle décision a été prise par le Dieu du ciel ? Est ce encore populaire au sein de la culture nippone ?

L’origine

Cette fête puise son origine du festival chinois Qīxī (七夕la nuit du septième mois), également appelé qiqiao jié (乞巧节 la Fête où les jeunes filles montrent leurs compétences). Il est dit que ce mot proviendrait de la lecture japonaise des caractères chinois « 七夕 ». Une autre origine pourrait venir des Miko (巫女), de jeunes femmes au service d’un sanctuaire Shintô, qui avaient pour habitude de tisser au bord de l’eau un habit spécial dans un métier appelé Tanabata (棚機).

Durant l’ère Heian (平安時代 - 794 -1185), la légende est introduite par la cour impériale de Kyôto que dirige l’empereur Kammu, 50e empereur. Puis elle se propage dans tout le pays durant l’ère Edo.

La légende

Il existe plusieurs versions de la légende de Tanabata, mais la trame reste similaire. Les deux personnages principaux sont généralement une déesse tisserande et un bouvier mortel.

La fille du Dieu du ciel, Orihime, tissait au bord de la voie lactée de très jolis habits qui comblaient son père. Travaillant ainsi sans relâche, elle devint bien triste de ne pouvoir rencontrer la personne qui aurait pu la rendre amoureuse. Bien que ce travail enchantait le Dieu du ciel, celui-ci commença à s’inquiéter, car sa fille devenait morose. Il se mit alors à lui rechercher un compagnon.

Il y avait de l’autre côté de la Voie lactée un berger grand travailleur, Hikoboshi, qui prenait grand soin de ses moutons (amanogawa) en les lavant et leur faisant manger des herbes délicieuses. Le Dieu du ciel provoqua la rencontre des deux jeunes gens. Le berger se sentit troublé et dit finalement : « Dieu, pour une personne comme moi, cela ressemble à un rêve. J’accepte avec reconnaissance. » Orihime acquiesça à son tour, et ils se marièrent .

Ils vécurent ensemble heureux et passèrent leur temps à parler du matin jusqu’au soir au bord de la voie lactée. Voyant cela, le Dieu du ciel finit par leur poser une question :

« Vous deux, pourquoi ne vous métreriez-vous pas à travailler ? »

« Oui, nous le ferons demain. »

Mais ils ne se mirent jamais à retravailler, préférant passer du temps ensemble au bord de la voie lactée. Comme elle ne tissait plus d’étoffes, la poussière s’accumulait sur la machine à tisser, et plus aucune nouvelle étoffe n’arrivait au ciel. De même, les moutons d’Hikoboshi, si soignés auparavant, maigrissaient, et s’évanouissaient les uns après les autres.

Dans son mécontentement, le Dieu du ciel les sépara. Toutefois, ému par les larmes de sa fille, il leur permit de se rencontrer une fois par an dans la nuit du 7ème jour du mois de juillet. On pense encore aujourd’hui les apercevoir dans le ciel, scintillant des deux côtés de la Voie lactée, attendant avec impatience cette nuit de retrouvailles.

La fin de la légende raconte qu’en l’absence de pont au-dessus de la voie lactée, les deux amoureux ne pouvaient se rencontrer. Orihime, dont la tristesse était débordante, pleura abondamment, et une volée de pies célestes vint jusqu’à elle lui promettre de construire ce pont de leurs ailes pour traverser la Voie lactée. Malheureusement, ces pies ne pouvaient approcher en cas de pluie, et les amoureux devaient attendre un an de plus !

Les variantes

Il existe quelques variantes, mais la trame reste sensiblement la même. L’une d’elles raconte que le Dieu du ciel avait 7 filles dont la jeune, Orihime, tissait des brocards célestes permettant l’arrangement journalier du ciel et le changement des saisons. Ennuyée par son travail et rêvant d’un amour passionné, elle descendit d’elle-même sur Terre. Elle rencontra un bouvier, l’amour réciproque naquit entre eux, et deux enfants également. Rien ne pouvait les séparer. Du moins, c’est ce qu’ils croyaient, car son père, dans un élan de colère et après avoir eu vent de la nouvelle vie de sa plus jeune fille, envoya un génie pour la faire revenir. Mais cela engendra la tristesse incomparable d’Orihime, et surtout la colère du bouvier Hikoboshi, qui s’empressa d’aller la chercher, emportant avec lui ses deux enfants dans des paniers.

A la vue du bouvier, la femme du Dieu du ciel créa de sa main magique une rivière, la Voie lactée pour empêcher les deux amoureux de se retrouver. Les pleurs des deux amoureux et des deux enfants convainquirent le Dieu du ciel de les laisser se retrouver une fois par an.

Dans d’autres versions, Hikoboshi use d’un stratagème pour rejoindre les cieux : il suspendit au bout de tiges les paniers dans lesquels étaient ses deux enfants, et les présenta aux cieux en indiquant qu’ils seraient mieux avec leur mère. Les dieux (il y a plusieurs dieux selon les variantes), acceptant ce choix, tirèrent sur les tiges sans remarquer qu’Hikoboshi y était solidement accroché. Le Dieu du ciel accepta la présence de son beau-fils dans le ciel, mais cela eut pour conséquence pour Orihime de négliger son travail, et donc de rendre son père furieux. Il décida alors de les séparer. Mais embarrassé par les pleurs de sa fille et par son inactivité, il leur permit de se voir une nuit. Et cette nuit-là, un pont d’étoiles se forme dans le ciel.

Une fête populaire ?

Une histoire d’amour impossible. Cela pourrait n’être au final qu’une légende pour les romantiques. Mais les Japonais aiment les histoires d’amour et le romantisme ! Cette fête émeut la population, des plus jeunes aux plus anciens, et pas seulement les amoureux. Sortir en portant son Yukata (un kimono d'été léger, porté à la fois par les hommes et par les femmes), décorer les feuilles de bambous, et prier pour le beau temps (oui, s’il pleut, les pies célestes ne peuvent pas venir former le pont !) est un moyen de célébrer la fête des étoiles.

Ecrire ses souhaits sur un tanzaku (une petite carte verticale utilisée à l'origine pour écrire des poèmes) ou accrocher de petits ornements en papier aux branches est courant au Japon à cette période. Il est dit que ces vœux, amoureux ou personnels (réussite scolaire par exemple), deviendront réalité. Les bambous et autres décorations sont ensuite souvent brûlés ou jetés à flot le lendemain, voire dès minuit passé.

Il est courant d’assister à des parades dans l’après-midi et en soirée, ainsi qu’à des feux d’artifices. Le festival de Sendai est le plus imposant du pays, et a lieu du 6 au 8 août. Il est précédé par celui de Kanagawa qui se déroule les 6, 7, et 8 juillet).

Cette vidéo, en trois parties, nous rend compte de l’ambiance qui règne durant Tanabata. Des parades aux feux d’artifices, en passant par la conception des décors, pas moins de 25 minutes de découverte.

Des concours et des élections de « Miss Tanabata », des restaurations en plein air et des jeux sont organisés. La fête est souvent aussi célébrée par Disneyland Tôkyô en mettant en vedette Mickey comme Hikoboshi et Minnie comme Orihime dans un défilé de vœux. L’atmosphère festive est donc de mise.

Les décorations

Il existe différentes décorations de la fête de Tanabata, et surtout différentes significations à leur utilisation. Les amateurs du Japon les reconnaîtront aisément.

Tout d’abord, le «Tanzaku » (短冊) cité précédemment : une petite carte verticale utilisée à l'origine pour écrire des poèmes, essentiellement utilisée aujourd’hui pour écrire son vœu le plus précieux durant cette fête.

Le « Orizuru » (折り鶴), grue en papier provenant de l’art du pliage « Origami », censé apporter longévité, bonne santé, et sécurité pour sa famille.

Le « Kinchaku » (巾着), sac ressemblant à un porte-monnaie apportant les bonnes affaires.

Le « Toami » (投網), sorte de filet, qui apporte de bonnes pêches et de bonnes récoltes.

Le « Kuzukago » (くずかご), un sac d’ordure apportant la propreté et le fait d’être économe.

Les « Fukinagashi » (吹き流し) sont des serpentins qu’utiliserait Orihime pour tisser.

Le « Kamigoromo » (紙衣) qui, suspendu, est censé apporter la bonne couture, ainsi qu’une parade aux accidents ou à la mauvaise santé.

A cela, il convient d’ajouter les « Kusudama » (薬玉) qui décorent souvent le dessus des serpentins, idée originale provenant d’un propriétaire d’un magasin de la ville de Sendai en 1946 dont l’idée de modelage de base fut une fleur de dahlia.

Chant traditionel

Il existe également un chant traditionnel :

ささのは さらさら - Sasa No Ha SaraSara - Les feuilles de bambou bruissent

のきばに ゆれる - Nokibani Yureru - Et se balançent aux avant-toits

おほしさま きらきら - Ohoshisama Kirakira - Les étoiles scintillent

きんぎん すなご - Kingin Sunago - Comme des sables d'or et d'argent

ごしきの たんざく - Goshikino Tanzaku - Sur des papiers de couleur

わたしが かいた - Watashiga Kaita - J'ai écrit

おほしさま きらきら - Ohoshisama Kirakira - Les étoiles scintillent

そらから みてる - Sorakara Miteru - Et me contemplent depuis le ciel

Conclusion

Pour conclure, bien que la fête de Tanabata soit moins honorée de nos jours, elle est et restera toujours un pilier de la culture japonaise durant l’été et ce, pour de nombreuses villes qui organisent de grands festivals. Une fête pour tous à base de spectacles, de passion et de magie. Une fête où l’on s’amuse, une fête où l’on rêve d’amour pour certains, une fête où l’on respire l’amour pour d’autres. Finalement, cet amour réunit tout un peuple en-dessous des étoiles, qui s’installent dans leurs yeux et brillent de milles feux.

Crédits photos :

 

Written by Xehanort

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